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  • : James JOYCE à Saint-Gérand-le-Puy
  • James JOYCE à Saint-Gérand-le-Puy
  • : Informations, échanges sur la vie et l'oeuvre de Joyce. Thèmes de rencontres, conférences, tables rondes. Evènementiel : "Le jour d'Ulysse" Musée et bibliothèque Anna Livia Plurabelle. Balade "Sur les pas de Joyce à Saint-Gérand-le-Puy".
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17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 16:12

Nous vous invitons à nous rejoindre sur notre nouveau site :

http://jamesjoyce-a-saintgerandlepuy.com/

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 19:27

 

INVITATION

Xavier CADORET, Maire de Saint-Gérand-le-Puy,

Pascal BATAILLARD, Président, de l’association

James JOYCE à Saint-Gérand-le-Puy

ont le plaisir de vous convier au

JOUR D’ULYSSE 2015

ainsi qu’au vin d’honneur offert par la Municipalité

Le samedi 20 juin 2015 à 18h30 – Espace James Joyce à Saint-Gérand-le-Puy

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 18:44

PROGRAMME DU JOUR D’ULYSSE 2015

 

Vendredi 19 juin

• 20h00 : dîner d’accueil au Château du Sauvage à Créchy

 

Samedi 20 juin

• 9h00 :   - Petit déjeuner irlandais - Pâtisserie « Aux Délices » avec les J.J.Minstrels

• 10h30 : - « Sur les pas de Joyce dans Saint-Gérand » Visites, Lectures, Animation musicale par les J.J.Minstrels

• 13h00 :  - Déjeuner au Restaurant de la Paix Animation par Les JJ Minstrels

• 16h00 :  - Table ronde - Conférence sur le thème : Voyage au centre de la littérature Par Vincent Laisney auteur de Sept génies. - Homère, Dante, Cervantès, Shakespeare, Hugo, Goethe, Joyce - Voyage au centre de la littérature.

Débat avec la participation de Jacques Aubert, Jacques Le Brun, Annie Tardits, Moustapha Safouan, Elisabeth Leypold, Alain Daudier, Gérard Colonna d’Istria, Michel Brissaud.

• 18h 30 : Vin d’Honneur offert par la Municipalité de Saint-Gérand-le-Puy.

 

 

COUPON DE RESERVATION

À retourner à la trésorière :

Simone Courtadon, 10 rue de Provence 03150 - Varennes sur Allier – France

Courriel : scourtadon@orange.fr -  Tel : 06 81 79 42 54

Ou à la secrétaire :

Odile Revére reveret.odile@orange.fr -  Tel : 06 89 84 21 76

avec le règlement, à l’ordre de l’association James Joyce à Saint-Gérand-le-Puy, pour le 15 juin 2015

Nom :

Prénom :

Adresse :

CP :                                          Ville :

Tel:                                          Email :

Dîner au Sauvage le vendredi 19 juin (inscription obligatoire, nombre de places limité)

. x 27 € = €

Jour d’Ulysse le samedi 20 juin

Petit Déjeuner

. x 8 € =    €

Déjeuner

. x 27€ =   €

Total :         €                                       o Chèque                                        o espèces    (cocher)

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 17:39

Samedi 20 juin 2015

9h - Sur les pas de James JOYCE dans SAINT-GERAND-LE-PUY

Animation par les J.J. Minstrels pilotés par Liam Healy

Petit déjeuner irlandais à la pâtisserie " Aux Délices"

- Thé, œufs brouillés, cakes, rognons de Mister Bloom...etc., le tout en chansons et lectures d'Ulysse ou Ulysses et autres passages du Portrait de l'Artiste en Jeune Homme, Poèmes, Finnegans Wake.

Découverte du village sous le regard de Joyce en 1940, chants, danses et lectures...Odyssée garantie !

13h - Repas à l'HOTEL de la PAIX devenu le RESTAURANT DE LA PAIX

Il est encore possible d'y visiter la chambre de James et Nora.

A nouveau, Animation des JJ Minstrels.

16h - La Bibliothèque Anna Livia Plurabelle, Conférence, Salle Louis Bardet de

Vincent LAISNEY auteur des SEPT GENIES - Voyage au centre de la littérature -

( HOMERE, DANTE, CERVANTES, SHAKESPEARE, GOETHE, HUGO, JOYCE )

avec la participation annoncée de Jacques Aubert, Pascal Bataillard, Michel Brissaud, Gérard Colonna d'Istria, Alain Daudier, Jacques Le Brun, Elisabeth Leypold, Moustapha Safouan, Annie Tardits...et autres littéraires, chercheurs et admirateurs, passionnés ou intrigués par l'œuvre de Joyce.

Série de 5 marque-pages déssinés par Bernard Deubelbeiss en vente à 10€ (quantité limitée)

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 23:36

 Le samedi 21 juin dernier, de fidèles amateurs de James Joyce ont bravé les aléas de notre siècle — grève des cheminots, fête de la musique, coupe du monde de football, réchauffement climatique, etc. — pour mettre leurs pas, comme chaque année depuis dix ans, dans ceux du célèbre écrivain irlandais du siècle précédent, qui séjourna à Saint-Gérand de Noël 1939 à décembre 1940. Une agréable et riche journée sur le thème « traduire, trahir (?), lire Joyce ».

Cela a commencé par un dîner au château du Sauvage dans la joyeuse ambiance gaélique donnée par le groupe clermontois des J. J. Minstrels ; cela s’est poursuivi par un échange convivial à la pâtisserie Aux Délices (où chacun témoigna de son premier contact avec l’écrivain et des obstacles qu’il rencontra en le lisant) et par une promenade ensoleillée à travers les rues du bourg de Saint-Gérand (avec lectures bilingues d’œuvres joyciennes et impromptus des J. J. Minstrels) ; et, après un repas au Restaurant de la Paix (où Joyce eut sa chambre) cela s’est terminé à la salle Anna-Livia–Plurabelle par une conférence originale — le tout à l’initiative de l’association James Joyce à Saint-Gérand-le-Puy, que préside Pascal Bataillard, Maître de conférences en traduction et littérature de langue anglaise à l’université de Lyon 2.

Malgré l’absence de prestigieux invités (tels les psychanalystes Annie Tardits, Élisabeth Leypold et Moustapha Safouan, de même que l’historien Jacques Le Brun, empêchés par la grève), la conférence captiva une assistance de qualité venue de l’Allier et du Puy-de-Dôme. Cette conférence s’honorait de la présence de Jacques Aubert, qui dirigea en 2004 les travaux collectifs de la seconde traduction d’Ulysse ; la première datait de 1929 et avait été supervisée par notre grand écrivain bourbonnais (et cosmopolite) Valery Larbaud. Pourquoi deux traductions ? Parce que la langue bouge ! Parce que nous ne comprenons plus certaines expressions ou que nous les trouvons démodées. Parce que Joyce lui-même pensait que son œuvre donnerait du grain à moudre aux traducteurs et aux exégètes longtemps après sa mort à 59 ans, en janvier 1941, un mois seulement après avoir quitté Saint-Gérand.

C’est de ce grain que s’est emparé Alain Daudier, au départ simple auditeur d’une lecture du premier chapitre du roman que l’association avait donnée à Varennes-sur-Allier en janvier dernier : « J’y étais venu avec mon édition de 1948 (la quinzième), alors que Jean-Claude Péronnet se servait d’une récente édition au format de poche. J’avais alors été frappé par l’écart existant entre les deux textes — omissions, transpositions, sens différents voire opposés. J’ai donc décidé d’en avoir le cœur net : j’ai téléchargé l’œuvre originale en anglais, scanné les deux traductions et disposé les trois textes sur trois colonnes sur une page de gauche ; sur la page de droite, j’ai créé trois autres colonnes, deux pour mes annotations et une pour une troisième traduction, me comportant alors avec la naïveté et la prétention insupportable du touriste partant pieds nus à l’assaut de l’Everest. C’est à partir de ces quelque 360 annotations que j’ai effectué une sélection présentée dans le diaporama qui a servi de base aux échanges du 21 juin. »

S’est alors engagé un très intéressant dialogue entre Jacques Aubert, Alain Daudier, Gérard Colonna d’Istria, agrégé de philosophie et pilier de l’association, et une partie de l’assistance, dont des universitaires clermontois, sur les problèmes que pose la traduction : « Le poète anglais Coleridge utilise une image très parlante, note Gérard Colonna : pour lui, « le traducteur est un pont-levis ». Si le pont-levis, reste levé, s’il existe une hétérogénéité absolue entre deux langues, la traduction est impossible et le texte reste muet, inaccessible au lecteur étranger ; mais, dès qu’il s’abaisse, les difficultés commencent, aussi bien pour le porteur du message que pour la culture d’accueil. Le traducteur n’est-il pas, inévitablement, un traître à la langue d’origine comme à celle d’arrivée ? Selon le philosophe Paul Ricœur, ce dilemme peut être dépassé : pour lui, « traduire, c’est dire la même chose autrement », et cet « autrement » est une sorte d’« équivalence sans identité ».

Autrement dit, le traducteur doit effectuer un travail de deuil, renoncer à l’idéal d’une traduction parfaite, accepter la perte qu’entraîne toute traduction, même en si on la dote d’un appareil de notes. Mais il reste que perfectionner sans cesse une traduction est un exercice jubilatoire, comme nous l’a fait toucher du doigt le dialogue de ce samedi après-midi. Il y aura toujours de nouvelles traductions… 

Avec le soutien de la municipalité de Saint-Gérand, l’association James Joyce à Saint-Gérand-le-Puy reprendra son travail dès la rentrée afin de perpétuer le génie littéraire du grand écrivain et le souvenir de sa présence dans notre région.

 

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 19:59
Affiche  "Jour d'Ulysse 2014"

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 19:45
Affiche "Jour d'Ulysse 2014

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 20:16

PROGRAMME JOUR D’ULYSSE 2014

 

Vendredi 20 juin

  • 20h00 : dîner au Château du Sauvage

                       à Créchy

                       Ambiance irlandaise

 

Samedi 21 juin

  • 9h00 : Petit déjeuner irlandais

                            A la Pâtisserie « Aux Délices » avec les J.J.Minstrels

    

  • 10h30 : « Sur les pas de Joyce dans Saint-Gérand »

                Visites, Lectures, Animation musicale  

               Par les J.J.Minstrels

     

  • 13h00 : Déjeuner au Restaurant de la Paix

                               Animation par Les JJ Minstrels

     

  • 16h00 :Table ronde et lectures :Ulysse 

                         Télémaque : Traduire, Trahir ? Lire Joyce .

                         Présentation Alain Daudier     

     

                         Débat avec la participation de Jacques Aubert, Jacques Le Brun, Annie Tardits, Moustapha Safouan, Elisabeth Leypold, Gérard Colonna d’Istria

     

  • 18h 30 : Vin d’Honneur offert par la Municipalité de Saint-Gérand-le-Puy

DSC 2818 24042                     IMG_1281.JPG

Le Chateau du Sauvage à Créchy                                                              Chant Grégorien par les J.J. Minstrels

                                           IMG_3191.JPG

                                      Devant l'Hôtel de la Paix

 

 

 

 

 

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 17:59

 

INVITATION

 

 

 

 

  Xavier CADORET, Maire de Saint-Gérand-le-Puy,

 

Pascal BATAILLARD, Président de l’Association :

 

James JOYCE à Saint-Gérand-le-Puy

 

ont le plaisir de vous convier au

 

 

 

JOUR D’ULYSSE 2014

 

 

 

ainsi qu’au vin d’honneur offert par la Municipalité 

 

Le samedi 21 juin 2014 à 18h30 – Espace James Joyce

 

à Saint-Gérand-le-Puy

 

 

 

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 16:49

Lecture d'Ulysse - Episode 1 - Télémaque.

 

INTRODUCTION par Gérard Colonna d'Istria

        Il y a quelque chose de paradoxal dans la réception de l’œuvre de Joyce, et c’est peut-être par là qu’il faut commencer. D’un côté, voila une œuvre qui s’est imposée comme un monument de la littérature européenne, une œuvre qui affirmé avec force sa présence, qui a changé les règles comme le fait toujours une œuvre géniale. Et de l’autre côté, dans le public, une méconnaissance et même une réputation d’illisibilité. – il se trouve que Joyce lui-même ait contribué à encourager cette réputation qui sent le soufre : il assurait qu’il avait donné du grain à moudre à ses critiques pour un siècle ou deux. Et un de ses meilleurs spécialistes a eu cette formule humoristique : « il y a peu d’œuvres qui aient  aussi bien réussi à décourager le lecteur » (Aubert).

       Cependant, dire ce qui vient d’être dit, ne conduit pas à souscrire à un argument paresseux, mais qui a la vie dure : une légende tenace  voudrait que ce livre soit illisible, qu’il tombe des mains du lecteur le mieux intentionné. Dès-lors, en effet, à quoi bon s’obstiner ?

        L’argument est commode mais il a ses limites. Si un grand livre est un livre qui révolutionne la littérature, un livre qui propose une nouvelle écriture et une nouvelle manière de voir le monde, il est inévitable qu’en un premier temps, il nous déconcerte et qu’il bouleverse nos critères et nos règles habituelles de lecture, bref, qu’il fasse de nous un autre lecteur.

        Voilà une hypothèse de lecteur que nous pourrions accepter, et même que nous devrions accepter, et grâce à laquelle nous pourrions gagner un autre bonheur de lire.

         Ellmann, le biographe de Joyce, a eu ces mots : « Joyce est le porc et pic des auteurs (…) ses héros ne sont pas faciles à aimer, ses livres ne sont pas faciles à lire. Il ne souhaite pas nous conquérir, mais il veut que nous le conquérions. En d’autres termes, il ne nous invite pas, mais la porte reste ouverte ».

         Un dernier mot. Quand un étranger pénètre dans une ville, inconnue de lui, il est très vite déboussolé. Mais en arpentant progressivement les rues, en déambulant, il peut progressivement gagner une familiarité et se repérer. Il ne lui est pas interdit non plus de demander son chemin ou des précisions aux habitants. C’est une des raisons qui nous a conduits à la séance d’aujourd’hui. Tentons de lire Ulysse en échangeant nos impressions de lecture.

         Pour ma part, je voudrais, très modestement, proposer quelques réflexions sur le bouleversement de l’art du roman, qui dans les années 20 ouvre la littérature à la modernité et où Joyce joue un rôle essentiel. Je précise tout de suite qu’il s’agit simplement de proposer une lecture susceptible de faciliter la lecture d’Ulysse.

         Une sorte de test pour expérimenter et faciliter la lecture.

LE BOULEVERSEMENT RADICAL DANS  L’ART DU ROMAN.

         Essayons de dire simplement des choses profondes, en nous contentant d’une épure.

        Joyce est contemporain et acteur direct d’un bouleversement radical dans l’art du roman, qui a lieu dans les années 20 du XX° siècle (et dont on peut trouver des précurseurs chez certains auteurs de la fin du XIX°, par ex henry James) – contentons-nous de mentionner ici v. Woolf, Proust, et bien entendu Joyce.

         Ces écrivains visent à créer des formes romanesques nouvelles, ajustées à ce monde nouveau. Selon  eux, on ne peut plus suivre des modèles qui n’existent plus dans le monde réel. On est sorti de  la société victorienne. V Woolf le dit clairement :

« Toutes les relations humaines ont bougé entre maîtres et serviteurs,      entre  mari et femme, entre parents et enfants. Et quand les relations humaines changent il y a en même temps un changement dans la  religion, dans les comportements, la politique et la littérature »

          Au xix° siècle, les  romanciers manifestaient une belle assurance, ils présentaient des personnages dans un cadre qui paraissait bien établi – ainsi  par exemple le rapport individu/société permettait au héros d’accomplir son itinéraire à travers des déterminismes sociaux, il révélait dans son  parcours  une sorte d’essence stable – Pour les écrivains comme Woolf ou Proust, c’est là un leurre : les relations humaines sont fuyantes, fragiles,  illimitées, elles ne peuvent servir de modèles pour créer une forme littéraire.

          Il faudra d’abord que ces relations humaines entre les personnes, relations complexes et fuyantes, soient délimitées  - choix d’une ou de deux consciences (ici dans Ulysse bloom et Stephen) – consciences privilégiées qui focaliseront et réfracteront la réalité (non pas imitation, mais plutôt filtrage) - Du même coup l’auteur perd sa souveraineté = il se refuse à juger le monde (Joyce dans le Portrait  dira « derrière » ou « au-delà » ) comme une totalité  - la réalité est toujours partielle,  elle est  toujours perçue comme découverte et ressentie par quelqu’un (c.à.d. très important sentie à travers des impressions)

         D’où la nécessité de choisir un « point de vue » et de traduire cette réalité par des chemins indirects, obliques – de même le personnage privilégié sera lui aussi un narrateur « indirect » - il devra concilier en lui deux rôles : 1) révéler un monde au moins partiellement  2) tout en restant engagé dans ce monde – il sera comparable à un acteur jouant un rôle tout en se pensant lui-même.

         Ces personnages privilégiés usent du langage et ils vivent le monde, non pas tant en agissant, mais plutôt dans l’écho intérieur de la conscience

Sentir plutôt qu’agir – Proust observe, à propos de l’Education sentimentale de Flaubert :

        « Une révolution est accomplie : ce qui était action devient impression. Les choses ont autant de vie que les hommes, car c’est le raisonnement qui après coup assigne à tout phénomène visuel des causes extérieures, mais dans l’impression première     que nous recevons cette cause n’est pas impliquée. » (A propos du style de Flaubert,                     Proust,  1920)

         Triomphe de l’impression : sentir plutôt qu’agir – désormais il faut rendre compte de cette continuité de la vie intérieure – il y a une réalité  de son existence apparente qui  se compose d’actes sans signification qu’il ne peut s’empêcher d’accomplir – il  lui faut donc recourir, pour embrasser cette continuité, à des jalons  - et repérer aussi les limites.

          L’homme paraît réduit dans son statut de « point de vue »à une succession d’instants – en réalité les consciences sont fragmentées en elles- mêmes – Si on veut les recomposer,  il faut poser un regard sur leur passé (leur passé physique, leur passé culturel, leur passé psychique) – et on pourra à partir de là reconstituer quelque chose comme une continuité.

         Mais une continuité relative ! Cette continuité recherchée ne conduira pas à une stabilité du personnage – elle est une quête – l’homme se  cherche, et cette quête restera inachevée –

          Cela dit le rôle de la mémoire dans le monologue intérieur est capital = le monologue intérieur imite la vie immédiate et la fragmentation de la vie – mais ensuite il réagit contre cette fragmentation – le roman du « courant de conscience » est fondamentalement la recherche d’un sens et d’une forme de la personne dans un monde où l’individu ne voit que contingence, désordre, discontinuité – il vise à trouver,  par-delà cette discontinuité, une continuité – il y a là chez Joyce une tension remarquable entre la discontinuité qui tient au vécu, à  l’expérience vécue, et cet effort (jamais achevé)pour trouver un sens et une forme

          Un, bon exemple dans notre épisode : l’alternance du monologue intérieur et de la voix narrative – et le recours à la mémoire, dans la quête de Stephen. Lire (f,   )

Conséquences  sur le personnage

           La totalité du réel n’est plus claire ni distincte

          A partir de là on voit s’esquisser un nouveau personnage de roman = au lieu de vouloir à tout prix faire le portrait  d’un monde et d’un homme stables, de vouloir rendre vrai et durable ce qui est transitoire et banal, l’écrivain devra (c’est Woolf qui parle) respecter le caractère occasionnel des situations humaines.

          Au lieu d’être construit le personnage sera le foyer incertain d’une « myriade d’idées saugrenues et sans suite » (Woolf) qui se pressent dans la tête de l’écrivain – et ce personnage ne s’en tiendra pas aux conventions sociales = il traversera ces apparences.

Conséquence  = on là une conception nouvelle du réel, et de là on est conduit à une conception nouvelle du roman.

          Dans la figure ou le schéma classique du roman, on a un socle constitué par trois éléments structurants 1) une intrigue -  - 2) une narration (récit, description de la scène) – 3) l’élaboration des  personnages ce schéma est bousculé, mis à l’écart – en particulier  l’accent se déplace de l’action vers la conscience.

           En suivant le schéma tripartite du romanesque traditionnel, on voit bien comment la remis en cause affecte chacun des éléments.

Conséquences sur la narration, le récit et l’’intrigue

          Triomphe du pt de vue subjectif, et, d’une certaine manière, d’un relativisme (il faudra  répondre à l’objection : n’est-on pas conduit à la dissolution de la personne ?) – Les romanciers désormais conçoivent leur tâche comme une expérience, au sens fort du terme =  la vie leur propose des faits bruts, le romancier doit dégager de là des rapports complexes – Le roman, dans ces conditions, ne doit pas être un simple reflet, un reflet imaginaire de l’existence réelle – le personnage  est doté d’une sensibilité qui lui permet d’enregistrer  les mouvements  les plus subtils du réel dans la chambre de la conscience.

          L’espace romanesque est désormais inclus  dans l’espace d’une conscience – Les romanciers intègrent la vie sociale dans la conscience de leurs personnages. – c’est Proust peut-être qui a le mieux mis en évidence cette exigence nouvelle. Dans un passage de la Recherche, le narrateur  ironise sur ces « niais » qui voudraient expliquer les êtres à l’aide des « grosses dimensions des phénomènes sociaux » au lieu de «  descendre, pour comprendre ces phénomènes, en profondeur dans une individualité » - il faut une psychologie nouvelle, une psychologie des profondeurs.

          On a avec le texte de Proust, une idée programmatique, une idée fondamentale, qui est au cœur de la modernité = c’est l’idée que la société est une abstraction, que ses « grosses dimensions ne parviennent pas à saisir la signification de la personne – la conception traditionnelle qui voulait comprendre l’individu à partir des déterminismes de la société globale, est déboutée.

         De même l’omniscience de l’écrivain ! On vient de voir que la réalité (et tout particulièrement la     réalité sociale) ne peut être que filtrée  par une  conscience qui réfracte un espace social dans lequel elle se situe et où elle se débat – le sens du roman dépend de cette conscience engagée, exclusivement. Ici c’est à Joyce qu’il faut faire appel – dans un passage célèbre du Portrait, il souligne :       

« La personnalité de l’artiste, traduite d’abord par un cri, une cadence, une    impression,  puis par un récit fluide et superficiel, subtilise enfin jusqu’à perdre son existence, et pour ainsi dire, s’impersonnaliser. L’artiste, tel le Dieu de la création, reste à l’’intérieur, ou derrière, ou au-delà… »

        Joyce montre là que le passage de l’action à l’impression implique que le  romancier soit absent de ce qui est créé, après qu’il a été présent dans la création – Autrement dit = il fait corps avec l’œuvre sur le plan existentiel, le plan des sensations, des impressions, des  perceptions, de la compréhension du réel. Mais il s’en détache sur le plan du sens et du jugement.

         Mais il faut ajouter tout de suite = les personnages s’intéressent moins aux faits qu’aux échos de ces faits dans la conscience. Et désormais c’est du côté de ce moi intérieur qu’il faut se tourner.  Priorité donnée à ce subjectif : c’est un  instrument d’optique grâce auquel la vie sociale peut se  révéler. Primauté donc au subjectif – mais il faut tout de suite ajouter =  la vie sociale est révélée par le retentissement du réel extérieur dans la conscience.

           Cette conscience, on peut la concevoir comme une conscience registre et en même temps comme une conscience réflexive. (cf. en anglais la distinction entre la conscience (consciousness) et la conscience comme prise de Conscience (awareness) – Par la première,  le personnage réfléchit la réalité qu’il voit, il est comme un miroir – avec la seconde, il se réfléchit lui-même. Mais l’erreur serait de croire ici que cette réflexion sur soi est solitaire : il sait que ce regard sur soi dépend à la fois de ses désirs et du regard que d’autres portent sur lui. (Il médiatise le monde quand il en est le miroir et en même temps il est médiatisé    par autrui – un bon ex dans notre épisode – Stephen et le miroir fêlé (p14)

           Il y a là quelque chose comme le triomphe du subjectif – mais ce subjectif ne conduit pas à un subjectivisme : la société est intégrée, vivante, concrète, dans la subjectivité du héros – le héros garde une liberté : il a une liberté subjective qui n’est plus « dans » la société » et qui ne s’explique pas « en fonction » de la société. Le personnage éprouve la société grâce aux contacts immédiats qu’il a avec des gens et des choses. – cette liberté (et on pourrait ajouter = cette solitude, parfois) ne conduit pas à un subjectivisme. Le rapport aux groupes et au milieu demeure essentiel.

          Il en va de même pour les valeurs – le héros découvre à travers son expérience l’exigence de valeurs (et même de valeurs intemporelles) Mais ces valeurs ne lui sont jamais imposées par des institutions. Bien au contraire : il faut que le héros s’interroge sur la légitimité de ces institutions, et c’est toujours de lui que part le questionnement (dans notre épisode, examiner la  manière dont Joyce approche la question     de la légitimité de ‘l’Eglise romaine ou de la domination anglaise.

         Le rapport traditionnel individu/société est mis à l’écart. On lui substitue la relation  entre une conscience et un milieu – 

         On a là quelque chose comme « le roman de l’homme intérieur » - mais la particularité de ce genre de roman c’est qu’il n’a ni genèse ni conclusion – il a plutôt des limites – mais il est en expansion – il donne la priorité et la primauté à la durée (au sens bergsonien) sur la chronologie, aux associations libres sur le discours rationnel – il s’engage dans un labyrinthe plutôt que dans un itinéraire bien  réglé – ce n’est pas pour rien que Joyce fait appel à dédale…

          Du même coup, le roman est désormais dans l’ordre de l’inachevé- il ne se terminera pas en nous livrant une figure définitive. Nous sommes dans un romanesque de l’incertitude et du discontinu.  Le personnage nouveau est dans un monde de relations précaires, de correspondances  fluides. L’individu apparaît comme séparé d’une société trop mouvante et trop vaste : cette société ne lui offre plus l’image d’un  ordre adapté à son existence. En particulier il est aveugle à la notion d’une société globale : le personnage n’est vraiment social que dans ses rapports avec des groupes restreints = les amis, la famille…c’est là ce qui compose son milieu.

Conséquences sur le lecteur.

         Ce bouleversement vise aussi à faire du lecteur un autre lecteur. On ne lui propose plus de modèles ou d’exemples – on l’invite à écarter l’écran des conventions – s’il parvient à le faire, il comprendra que le doute et l’étonnement sont la seule chose partageable.

          On offre au lecteur une image en négatif de lui-même

Renouvellement dans l’ordre des techniques et du style

           Exemple (trop fameux) = le monologue intérieur. – et aussi la complémentarité des techniques – cf. dans notre épisode le rôle de la mémoire et l’alternance voix narrative/monologue intérieur chez Stephen.

           Enfin (last but not least) le rôle du langage et l’attention qu’on lui prête.

          Notons simplement ceci pour l’instant. Ces personnages privilégiés usent du langage et ils vivent le monde, non pas tant en agissant, mais      plutôt dans l’écho intérieur de la conscience – et les paroles qu’ils prononcent s’adressent bien à d’autres – mais l’habileté de l’écrivain, c’est de faire sentir au lecteur que les paroles des protagonistes sont comme des points, des perspectives prises sur une étendue mouvante = l’étendue de leur conscience – une étendue mouvante, mais toujours en expansion – un work in progress.

 

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Published by Gérard Colonna d'Istria - dans Conférences : thèmes traités depuis 2004
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