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  • : James JOYCE à Saint-Gérand-le-Puy
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  • : Informations, échanges sur la vie et l'oeuvre de Joyce. Thèmes de rencontres, conférences, tables rondes. Evènementiel : "Le jour d'Ulysse" Musée et bibliothèque Anna Livia Plurabelle. Balade "Sur les pas de Joyce à Saint-Gérand-le-Puy".
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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 17:07

Paris, le 28 novembre 2008

 

Je garde un excellent souvenir des journées Joyce qui m’ont permis, grâce à vous, de découvrir les lieux mythiques de Saint-Gérand….

L’atmosphère était à la fois studieuse et détendue. Joyce était partout présent : dans les lieux, dans les propos, dans la voix de ces deux chanteurs fidèles à la tradition irlandaise. Je garde un souvenir ému de la complainte de Molly Malone…

Merci encore une fois… Sans votre aide, je n’aurai pu me joindre à la compagnie des Joyciens. Transmettez mon bon souvenir à tous les amis de Saint-Gérand.

Bien fidèlement,

Jean JOINET

 

(Extraits d’un courrier expédié à Marc Bertola, publication avec son autorisation)

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Published by James Joyce in Saint-Gérand - dans Contributions d'auteurs
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1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 17:33
Ecartons d’abord un argument paresseux, mais qui a la vie dure. Une légende tenace veut que ce livre soit illisible, et qu’il tombe des mains du lecteur le mieux intentionné. Dès lors à quoi bon s’obstiner ?
 L’argument est commode, mais il a ses limites. Si un grand livre est un livre qui révolutionne la littérature, qui propose une nouvelle écriture et une nouvelle manière de voir le monde – et c’est le cas d’Ulysse – il est inévitable qu’en un premier temps il nous déconcerte et qu’il bouleverse nos critères, nos règles, notre manière de lire et de voir, bref qu’il fasse de nous un autre lecteur. A nouvelle écriture, nouvelle et autre lecture.
 
Pourtant JL Borgès n’a pas tort de conseiller au lecteur, et à ses étudiants : « Si un livre vous ennuie, abandonnez-le ; ne le lisez pas (…) c’est qu’il n’a pas été écrit pour vous ». [1] Et il va même jusqu’à considérer que ce pourrait être pour ce lecteur le Paradis perdu ou Don Quichotte, œuvres qui, pour lui, n’ont rien d’ennuyeux…
Il n’y a là nulle invitation à une démission. Rien n’empêche, bien au contraire, qu’un jour vous deveniez ce lecteur ouvert à l’œuvre et qui progresse dans sa lecture ! Borgès souligne simplement ici que « la lecture doit être une des forme du bonheur ». Mais le bonheur de la lecture ne saurait être obligatoire. L’argument d’autorité, la réputation, l’ancienneté ou la modernité ne peuvent constituer des critères suffisants. Le bonheur est comme le plaisir, « ce n’est pas une obligation, c’est une quête ».
D’où ce conseil : « lire beaucoup, ne pas se laisser effrayer par la réputation des auteurs, rechercher un bonheur personnel, un plaisir personnel. Il n’y a pas d’autre façon de lire ». [2] C’est une évidence, mais qui n’est pas si simple à saisir, ni surtout à pratiquer, tant les préjugés sont forts.
 
 
Il se trouve que ce même Borgès, qui n’a rien d’un béotien, est celui qui a le premier parlé d’Ulysse en espagnol, « le premier aventurier à voir abordé le livre de Joyce », selon ses propres termes. C’était en 1925. Et la manière même dont il décrit sa démarche et son entreprise de lecteur sont ici exemplaires : elle montre à chacun d’entre nous  le chemin à suivre pour surmonter l’argument paresseux et la facilité des renoncements.
 
Avant tout, relatant l’expérience de sa lecture, B note l’admiration et l’étonnement qui le saisissent et lui donnent d’emblée la certitude d’être en face d’une œuvre comparable à une « terre nouvelle », et qui le poussent à se donner « licence » d’en parler.
Mais vouloir en parler, c’est se heurter à une difficulté immédiate qui tient à la nouveauté de l’œuvre. Situation comparable à celle des « voyageurs antiques » découvrant un nouveau monde : intensité de la certitude d’aborder un autre continent, mais intensité d’une admiration qui dans un premier temps navigue dans le vague. Si l’oeuvre est nouvelle, elle ne se laisse pas appréhender simplement : le lecteur est comme le « voyageur antique » abordant la terre nouvelle, il n’a pour critères que ses critères classiques de lecture, et c’est avec eux qu’il peut tenter de mesurer l’écart. Mesurons bien cette capacité de mesure ! C’est la nécessité d’avoir déjà élaboré des règles, des schèmes, une pratique de la lecture, qui fait le lecteur, qui lui permet d’explorer une œuvre, et surtout de mesurer l’écart d’une grande œuvre avec ce qui avait été écrit jusque là. Mais cette mesure, précisément, sera toujours au départ inadéquate en quelque façon. Il est inévitable, comme l’a vu Borgès, que l’intensité de l’admiration soit une « vague intensité », et l’étonnement un « étonnement errant ».
Il n’ y a qu’une issue : partir à l’aventure dans le monde de Joyce, ce « pays enchevêtré et sauvage ». Et bien que, à ses yeux, Larbaud ait déjà parcouru ce pays et qu’il en ait « tracé la contexture avec une impeccable précision cartographique », Borgès ici s’affirme comme le « premier aventurier hispanique » à aborder Ulysse, et reprend à nouveau frais l’entreprise de sa lecture et de sa description : «  Je récidiverai sa description en dépit de mon manque de préparation et de la brièveté de mon séjour sur ses confins ».
 
Sur un mode en apparence badin, parlant de son exploration, Borgès se livre à un aveu peu courant : il confesse qu’il n’a pratiqué Ulysse  que « par bribes » : « J’avoue ne pas avoir débroussaillé les sept cents pages qui le composent, j’avoue l’avoir seulement pratiqué par bribes ». Les vrais lecteurs se reconnaîtront là : le beau mot de pratiquer dit tout, l’exercice remis sans cesse sur le chantier et le caractère indéfiniment ouvert de ce work in progress.
Mieux encore. Cette pratique par bribes pourrait passer pour une insuffisance radicale. De fait, c’est le contraire qui est vrai. Comparons l’œuvre à une cité (la comparaison a été souvent reprise depuis par les critiques). La découverte d’Ulysse s’apparente à la connaissance que nous prenons de Dublin : nous pouvons affirmer connaître la ville sans connaître toutes ses rues ou tous ses quartiers. Dès lors l’argument paresseux fait long feu, comme du reste la prétention à un savoir exhaustif. Une « certitude aventurière et légitime » les remplace :
                 «  Je sais cependant ce qu’il (Ulysse) est, avec cette certitude aventurière et
                 légitime qui nous habite lorsque nous affirmons notre connaissance de
                 la cité, sans nous octroyer pour autant l’intimité de toutes ses rues ou de
                 tous ses quartiers » [3].
 
 
Gérard Colonna d’Istria


[1] Cf. Cours de littérature anglaise. (Seuil, 2006)
[2] id. Epilogue, p 366.
[3] Id., P, 871.
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