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  • : James JOYCE à Saint-Gérand-le-Puy
  • James JOYCE à Saint-Gérand-le-Puy
  • : Informations, échanges sur la vie et l'oeuvre de Joyce. Thèmes de rencontres, conférences, tables rondes. Evènementiel : "Le jour d'Ulysse" Musée et bibliothèque Anna Livia Plurabelle. Balade "Sur les pas de Joyce à Saint-Gérand-le-Puy".
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3 mai 2007 4 03 /05 /mai /2007 21:20

Louis GILLET : Stèle pour James JOYCE  - Editions Sagittaire 1946

(extraits)

 "Cher Joyce !... Il m'écrivait encore il y a quelques jours. De Suisse où il avait cherché refuge, au milieu de la grande bagarre, il me faisait un salut de la main, me souhaitait gentiment "la meilleure des Noëls possibles ". Cela voulait dire : "Je suis tranquille. Me voici au port". Le port ! Il y était sans doute, mais c'était pour s'y embarquer pour un bien autre voyage.

La dernière fois que je l'avais vu, c'était dans un village du centre, mi-berrichon, mi-bourbonnais, appelé Saint-Gérand-le-Puy. Comment il avait échoué là, ce serait toute une histoire. Jamais le charmant auteur d'Ondine  ni celui du Grand Meaulnes  n'ont rêvé rien de plus étrange que la présence de cette créature aérienne au milieu d'un village de France : c'était Trilby, c'était Puck captif dans une étable, parmi des vachers et des porcherons. Ces bonnes gens, pleins de délicatesse, ne se doutaient guère de la qualité de l'hôte extraordinaire qu'ils avaient parmi eux : un prince de l'esprit, un artiste d'une gloire mondiale, un homme dont les livres étaient célèbres de Moscou à New York et de Berlin à Tokio, et qui, le jour de ses cinquante ans, parmi les monceaux de télégrammes, en recevait un de Prague, adressé au premier des poètes vivants".

Je le trouvai agité ce jour-là d'une angoisse mortelle. Il brûlait de s'envoler ailleurs, il ne pouvait tenir en place. Pendant le repas il ne put s'asseoir, ne fit que tourner autour de la table et ne s'arrêta qu'à la longue, épuisé de tourment, pour prendre une gorgée de vin . Il rêvait de partir en Suisse, où il avait, pendant l'autre guerre passé quelques années heureuses. Il croyait y retrouver sa jeunesse, s'irritait des lenteurs des formalités. Il était irlandais, mais sujet britanique. La Suisse exigeait pour le recevoir une caution de cent mille francs(cent mille francs-or, il va sans dire). Il se débattait comme un sylphe, une abeille furieuse engluée par le crèpe de ses ailes. On eût dit qu'il avait reçu un ordre, une sommation de sa destinée qui lui commandait de partir ; il lui tardait de voler au rendez-vous de ses belles années, dans le pays où jadis s'était épanoui son génie. Une fois là, se disait-il, c'était le repos, la délivrance. Ce qu'il prenait pour un appel du bonheur, c'était le coup d'aile de l'au-delà, le frisson, l'inquiétude de la mort. Elle lui faisait là-bas un signe énigmatique, l'invitait au dernier voyage, le seul que l'on puisse faire aujourd'hui sans passseport. 

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Published by office de tourisme Val d'Allier - Forterre - dans James Joyce - sa vie à Saint-Gérand-le-Puy
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