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Conférences : thèmes traités depuis 2004

Mercredi 1 avril 2009

LES CAHIERS BOURBONNAIS N° 204 | 59-60-61

 

 

VALERY LARBAUD ET JAMES JOYCE

LE DÉBUT DUNE RELATION PRIVILÉGIÉE

(LA RÉCEPTION DULYSSE)

 

par MICHEL BRISSAUD

 

C’est par l’intermédiaire de Sylvia Beach,propagandiste de la littérature nord américaine à Paris que Valery Larbaud découvre l’oeuvre littéraire de James Joyce à ce moment Ulysse paraît en feuilleton dans The Little Review une revue littéraire new-yorkaise. Une rencontre entre les deux écrivains a lieu la veille de Noël 1920, elle est en quelque sorte provoquée par Sylvia Beach qui, convaincue du talent et de la force novatrice de l’écriture de James Joyce, cherche à soutenir la diffusion de son œuvre à partir de la tête de pont que constitue sa librairie « Skakespeare and Co ».

 

 

Entre temps, Larbaud lit les numéros de TheLittle Review, le 22 février 1921, il écrit une lettre enthousiaste à Sylvia Beach où il dit être complètement entiché d’Ulysse. Loin d’être un engouement irréfléchi il s’agit d’un véritable plaisir du texte. L’oeuvre possède cette veine polymorphe et cette puissance globale démontrées par Rabelais, et Bloom est aussi immortel que Falstaff.

 

Ce n’est pas un hasard si dans l’article de la NouvelleRevue Française d’avril 1922, Larbaud tire un parallèle avec l’écrivain nord-américain Walt Whitman, car la découverte des premiers poèmes dans les recoins de Brentano’s fit perdre à Valery Larbaud, alors qu’il achevait ses études secondaires, le boire et le manger.

Mais le point commun le plus partagé entre les deux écrivains tient à la censure qui voulut étouffer leur oeuvre et à chaque fois au motif de l’obscénité, en effet la « Société pour la suppression du vice » devait déclarer Ulysse impubliable.

 

La relation entre Larbaud et Joyce s’intensifie au point que ce dernier communique à Larbaud les feuillets dactylographiés de l’épisode « Oxen of the Sun ».

La reconnaissance de l’oeuvre de Joyce par l’auteur d’Allen conduit ce dernier à vouloir donner une conférence dont la trame préfigure l’article de la Nouvelle Revue Française.

 

À ce moment Larbaud joue presque le rôle d’un éditeur qui incite à l’accomplissement final de l’oeuvre, il convient que le cycle d’Ulysse touche à sa fin, ainsi « Eumæus » émane d’une fièvre créatrice en quelque sorte provoquée pour aller vers Ithaca (Ithaque) décrit comme le vilain petit canard du livre mais aussi comme son épisode favori.

 

La conférence devait avoir lieu avant la fin de l’année 1921, si bien que Joyce dut réaliser son galop final, à la relecture des épreuves d’imprimerie. Il se rend compte qu’il aurait trop entrepris pour la réalisation de son oeuvre et qu’il arrive au terme d’une peine de sept ans.

Avant la conférence Joyce propose à Larbaud une sorte de table de correspondance entre la composition parfois complexe d’Ulysse et la thématique de l’Odyssée.

 

Apparaît aussi à ce moment le débat autour du monologue intérieur sorte de continuum, fil conducteur à la limite de l’inconscient qui soutient toute la dynamique de l’écriture. Le lecteur ne considère plus le personnage principal comme extérieur à lui-même mais comme coparticipant du déroulement de sa pensée, ce qui conduit à une modification radicale de l’écriture narrative. Une interaction « maïeuticienne » entre le lecteur et le narrateur, lecture et écriture en kaléidoscope.

 

Joyce reconnaît en Edouard Dujardin auteur des « Lauriers sont coupés » l’initiateur de ce procédé et il souhaita que cela fût publiquement affirmé. D’ailleurs Edouard Dujardin rédigera une nouvelle dédicace pour la nouvelle édition de 1930 dédiée à James Joyce « au glorieux nouveau venu, au suprême romancier d’âmes ».

 

Le 7 décembre 1921 la conférence est prête, il s’agit pour Larbaud de présenter l’auteur et son oeuvre. Je dirais qu’elle s’apparente à une conférence exposition où Larbaud se refuse à la simple critique analytique mais agit comme un guide posant l’oeuvre de Joyce sur un lutrin et donnant des clés pour une invitation à la découverte et surtout à la lecture. D’emblée il définit le public capable de lire Ulysse, il s’agit d’un public de lettrés, d’érudits à même de lire Montaigne, Rabelais et Descartes, car ceux qui aborderait la lecture d’Ulysse comme un simple roman seraient déroutés au bout de quelques pages.

 

Pour Larbaud, Joyce est un lecteur créateur. C’est un lien de parenté important ; dans l’oeuvre l’on retrouve le lecteur de la bibliothèque du « University College » de Dublin, celui de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Le souvenir des lectures n’est ni une allusion, ni une référence et encore moins une coquetterie d’érudition. Mais il s’agit d’une parole qui s’amalgame dans le texte.

 

Dès les premières pages d’Ulysse, nous naviguons dans cet art de l’amalgame poli ; « We must go to Athens » n’est pas une simple invitation à un voyage, mais une incitation à découvrir la contemporanéité de ce qui va au-delà d’un simple héritage culturel. C’est « l’omphalos» pour nous-même, l’origine, le centre inavoué de l’univers, du démiurge caché. Omphalos est aussi le nom de la tour de Buck Mulligan, la tour de Montaigne, la thébaïde de Valery Larbaud.

 

Ces échos de lecture sont comme des points de repère constructeurs d’une cartographie de la parenté intellectuelle, car comme le dit Valery Larbaud, en lisant Ulysse le lecteur peut être dérouté : « en effet il tombe au milieu d’une conversation qui lui paraît incohérente, entre des personnages qu’il ne distingue pas, dans un lieu qui n’est ni nommé, ni décrit, et c’est par cette conversation qu’il doit apprendre peu à peu où il est, et qui sont les interlocuteurs ». Comme l’on retrouve dans l’oeuvre de Larbaud une veine bourbonnaise, il est de même pour la veine irlandaise pour l’oeuvre de Joyce, mais c’est aussi une attitude irlandaise à savoir que l’érudition se refuse d’être une distinction intellectuelle, l’on sait comme on connaît les légendes ancestrales. L’érudition dans Ulysse siège à pied d’égalité avec ce qui apparaît comme la banalité des faits quotidiens.

 

Joyce « the great debunker », le grand démystificateur, qui dépouille les statues de marbres de la mythologie grecque pour les réintroduire dans la vie quotidienne déjà livrée par les Dubliners, dans la force lyrique déjà ressentie dans Chamber Music.

 

Il importe pour Larbaud de souligner que la relation avec l’Odyssée ne se situe pas dans le cadre d’un héritage culturel mais plutôt dans celui d’une transposition culturelle.

 

Et c’est par ce biais que Larbaud anticipe sur la réaction des lecteurs. Il prend le cas du lecteur qui aura étudié au cours de ses années de lycée l’Odyssée dans le texte et dans le morne ennui d’une salle de cours, il n’aura retenu du texte, ce que Larbaud qualifie de « grande machine solennelle ». Cependant muni de la clé suivante : « Vous savez Stephen Dedalus est Télémaque et Bloom est Ulysse » l’oeuvre de Joyce ne lui paraîtra plus rebutante, il se départira en quelque sorte des statues de marbres archétypales du texte grec pour conférer aux personnages une humanité quotidienne.

 

Mais pour Larbaud ce n’est pas suffisant, car le lecteur interprétera le texte comme une parodie du texte original, à savoir le solennel et pompeux. Il aura « réhabillé » les statues sans opérer de translation. Il ou elle ne sera pas comme un Ulysse qui s’embarquerait pour le grand voyage initiatique et novateur, et il ou elle passera à côté de la puissance du texte. Ceci nous démontre combien le texte de Charles Lamb, « The adventures of Ulysses », que Joyce lut dans son enfance a été plus géniteur que le texte grec original.

 

Et Larbaud continue en citant toute la gamme des réactions des lecteurs lettrés : « pour d’autres, elle sera une étude de grand luxe, surtout philologique, historique et ethnographique, une spécialisation, une très noble manie et ils ne sentiront qu’accidentellement la beauté de tel ou tel passage ».

 

Ainsi pour l’auteur d’Allen, la clé de voûte qui réunit tous les points d’entrée pour la compréhension de l’oeuvre c’est l’esthétique.

 

Enfin Larbaud cite un dernier public de lecteurs, ceux qui devraient être le plus à même de comprendre l’oeuvre : « les créateurs et les poètes », mais pour eux « l’Athènes intellectuelle, est trop loin et ils sont trop préoccupés pour y aller » et ils pensent que la question a été réglée par la transmission de l’héritage culturel, en suivant la diachronie de toutes les oeuvres poétiques jusqu’à maintenant.

 

Et Larbaud souligne que pour Joyce ce fut tout le contraire car la lecture de l’Odyssée fut un voyage initiatique au moment où la puissance créatrice s’éveillait en lui. Et il relut le texte pour aller au-delà du plaisir philologique du grec, de la poétique c’est-à-dire par amour du personnage.

 

Barnabooth est aussi un personnage, polymorphe, un « metaoikos » sans cité d’attache, c’est un peu Ulysse en métamorphose, mais son inventeur voulut que sur la reliure de la traduction de l’oeuvre de l’auteur irlandais figurât le drapeau grec.

 

Par James Joyce in Saint-Gérand
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Mercredi 1 avril 2009

Discussion

Précisions et commentaires de Gérard Colonna d’Istria

 

 

Question dans le public :

« Dans la correspondance de Larbaud avec Jacques Rivière (avant la conférence) Larbaud essaie de convaincre Rivière que Joyce est le plus grand écrivain. Rivière répond : je ne suis pas vraiment emballé. Comment est-il possible d’après vous que la NRF le publie malgré tout ? »

 

G. Colonna d’Istria. :

Il y a une affaire Gidienne là-dessous. Oui parce que Gide était assez réticent à la publication. Il a quand même participé à la souscription. Il a souscrit pour la publication mais il avait un certain nombre de réserves et Larbaud, incontestablement, s’est heurté pour la publication d’Ulysse à une résistance des lecteurs, des critiques français et en particulier à celle-là.

 

Et je crois que l’effort qu’il fournit dans son article de la NRF c’est un effort remarquable sur le plan pédagogique parce qu’il se donne un lecteur ordinaire et il dit : celui-là, le livre lui tombe des mains et puis un lecteur lettré mais ce lecteur lettré, il le conduit, chemin faisant, à travers tout un périple dans lequel il faut découvrir les strates successives qui permettent une lecture qui se complique de plus en plus, d’Ulysse.

 

Et c’est très remarquable parce qu’il commence par dire : le lecteur lettré « il est comme les copains, il tombe au milieu d’une conversation qui lui paraît complètement incohérente, avec des personnages qu’on ne distingue pas, dans un lieu qui n’est pas nommé, qui n’est pas décrit – il le sera progressivement -. Le livre a pour titre  Ulysse  et on ne voit pas un rapport tout de suite avec les personnages au début du chapitre et puis progressivement ce lecteur lettré commence à y voir plus clair, il découvre qu’il est à Dublin il reconnaît qu’il suit un Stephen Dedalus, il a peut être lu Le portrait. Stephen Dedalus revient de Paris, donc il commence à décaper ou à découvrir un certain cheminement et il y a trois premiers chapitres qui constituent un cheminement où on suit Stephen.

 

Michel Brissaud. : Ce sont les chapitres de sas pour préparer le lecteur.

 

G. Colonna d’Istria.  :

Voilà on rentre par l’intermédiaire de Stephen.

            Et puis, alors, il y a ce chapitre IV, brutalement, on revient en arrière et au même moment le roman redémarre à 8 h cette fois. C’est  Léopold Bloom qui commence sa journée et l’entrée en scène de Bloom c’est quelque chose qui surprend le lecteur car on a l’impression qu’on recommence le temps.

 

 Il y a une espèce de simultanéité des temps qui se met en place et cela veut dire que le lecteur devient un peu comme un virtuose qui a oublié d’exécuter une partition musicale. Il est renvoyé dans un monde dans lequel il a à rentrer, dans une œuvre qui est ouverte mais, qui implique de lui une participation mais cette participation, elle n’est pas évidente au premier abord puisqu’il a été brusqué de cette manière là.

 

Et puis Larbaud avance, il dit, mais il y a tout un parcours, qui se dessine comme ça pour le lecteur, à partir de là on va suivre Bloom. Alors, il est d’abord avec sa femme Molly qui est mal réveillée. Il est dans la cuisine, il est dans l’antichambre, il va au cabinet - on le suit vraiment dans tous les détails de ces opérations- où il se soulage en lisant des projets littéraires. On l’accompagne ensuite chez le boucher où il achète des rognons pour son petit déjeuner et il rencontre une jeune femme qu’il décrit avec les appétits du petit déjeuner ça lui fait l’occasion de fantasmer sur les hanches de la servante. Et puis, le parcours continue, il est dans la rue, il envisage de prendre un bain, ensuite il a un enterrement, il rentre dans une salle de rédaction d’un journal, il déjeune dans un restaurant, il passe dans la bibliothèque publique, il va à un bar, dans un hôtel où on donne un concert, il se dirige vers une plage et puis ensuite vers une maternité où il va prendre des nouvelles d’une de ses amies et puis il finit dans le quartier des bordels où il reste un bon moment, c’est l’épisode le plus long : Circé et où il rencontre Stephen Dedalus  et puis, finalement, les deux dernières heures de la journée, il les passe avec Stephen. Le dernier épisode c’est un long monologue intérieur de sa femme qu’il a réveillée avant de se coucher.

 

 Et alors, le lecteur lettré fait ce parcours et Larbaud prend bien soin de mettre en évidence que dans ce parcours, il est quand même déconcerté, il est comme le lecteur ordinaire. Il est plusieurs fois dérouté parce qu’il y a un tas de choses, des incidents, des personnages, des conversations qui viennent s’adjoindre là dedans à ce qu’il a cru comprendre, il a l’impression d’être installé dans l’intimité de personnages et puis parfois, il s’en détache.

 

 En même temps, il a le sentiment qu’il est inscrit dans le quotidien le plus radical mais en même temps ce quotidien est comme transfiguré parce qu’on fait tenir une journée, le monde entier dans une coquille de noix  de la journée que l’on est en train de vivre. Et puis, on bâtit, on franchit une strate supplémentaire et il y a déjà un premier parcours qui est dessiné comme cela, de lecture.

 

Et je trouve que pédagogiquement, c’est très habile de sa part parce qu’il fournit un chemin ou une grille de lecture pour les lecteurs que nous sommes tous. Et puis, alors ensuite, il complique un peu plus. Il dit : le lecteur lettré c’est un lecteur qui veut bien suivre le parcours, qui a bien fait l’effort. Mais il analyse, aussi, le lecteur lettré ; il découvre que chaque épisode a un style particulier, il est écrit d’une certaine manière, que les conversations sont faites d’hommes qui ne sont plus des personnages que l’on trouvait dans les Dublinois et qu’il y a de véritables essais philosophiques, des théories esthétiques affleurent, des conceptions de l’histoire, etc. Donc que tous ces morceaux lui donnent l’impression que ce n’est pas arbitrairement disposé dans le texte comme cela. Donc, il y a dix-huit épisodes qui sont comme des parties, qui ne sont pas isolées, qui en même temps renvoient à une trame qui pourrait être une trame unitaire , d’où l’idée qu’il va chercher une clé.

 

On pourrait s’amuser à réfléchir sur les clés, moi j’avais été frappé dans Ulysse par le fait que dans tous les épisodes, on franchit des portes, on ouvrait des portes et il faut toujours la clé. Quand on rentre dans Eole, par exemple, dont tu parlais tout à l’heure, on franchit une porte, il faut la clé pour pouvoir y entrer et là, probablement Joyce s’amuse à faire comprendre au lecteur qu’il n’y a pas de passe partout pour la lecture, il faudra à chaque fois qu’il reprenne, qu’il essaie de chercher ou de programmer quelque chose qui soit compatible avec une demande inventive. On demande au lecteur de devenir inventif et intelligent. Alors, où est la clé ?

 

Et à nouveau, on franchit une strate,  l’article de Larbaud est très pédagogique ; Et je trouve en même temps que ce n’est pas seulement pédagogique, il a formulé finalement toutes les questions que les critiques vont se poser ensuite et qu’ils vont tenter d’approfondir.

Alors où est la clé ? La réponse de Larbaud est admirable : il dit « La clé est sur la porte ! » Elle est sur le titre du livre : c’est Ulysse, c’est le rapport à l’Odyssée oui mais alors, quel rapport ? C’est là que Michel a expliqué très bien comment Larbaud construit son interprétation. Il dit « Le rapport à l’Odyssée » si vous  prenez le lecteur non lettré, il dit, bon L’Odyssée – qu’est-ce que j’en sais ? C’est une espèce de grosse machine sensationnelle, mais j’ai oublié, moi je ne connais pas les tenants et les aboutissants alors c’est une parodie, bon, bien, on en reste là.

 

Quant au lecteur lettré, il dit : quel est le souvenir que j’ai du grec ? S’il a quelques souvenirs, il a le souvenir de quelque chose qui lui paraît ennuyeux, qu’il a subi dans les dissertations qu’il avait à faire dans le secondaire et donc cette admirable machine, il va la laisser dans la tradition d’ancienneté comme une statue qu’il ne voudra surtout pas décaper.

Tandis que Joyce fait exactement le contraire, il se saisit du mythe et l’inscrit dans le travail quotidien de Bloom et à partir de ce moment-là, il y a une espèce de structure biplan – c’est comme cela, je crois qu’Eliot l’avait caractérisée - dans laquelle on est constamment invité à travailler entre le mythe et peut être sa dimension intemporelle et puis sa dimension bien incarnée par Bloom avec des va-et-vient qui sont permanents.

 

Ayant posé ça, alors, il peut revenir, il revient, c’est une nouvelle strate, il revient sur le plan originel qu’il avait trouvé dans sa première lecture et il le complique en montrant que tous ces épisodes sont des panneaux qui s’emboîtent les uns dans les autres et qu’à l’intérieur de chaque panneau, il y a un travail extraordinaire d’interprétation, de lecture et d’inventivité offerte au lecteur, auquel il faut qu’il se rende à son tour.

Il conclue, je crois, si je me souviens bien par l’anecdote où il explique que Joyce travaillait avec de petits bouts de papier, il marquait avec des traits de couleur les expressions qu’il avait déjà réutilisées dans tel ou tel épisode pour inscrire la simultanéité du temps et qu’il réutilisait comme cela pour qu’il y ait une précision dans la construction.

 

Donc chacun de ces panneaux concourt à la symphonie que constitue l’ensemble de Ulysse. Le lecteur, on lui demande au fond non pas seulement d’être un auditeur de musique mais je crois quelqu’un  qui serait un peu éxécutant de la symphonie. Il est invité à participer d’une certaine manière  et à devenir, lui-même inventif. Si l’œuvre est ouverte, on ne peut pas clore le jeu des interprétations.

 

Et il y a deux choses, je crois à la fin de l’article, je ne sais plus si tu en as parlé, c’est la question des obscénités, de la condamnation aux Etats-Unis dans laquelle il dit, on ne l’a pas condamné pour littérature licencieuse mais il faut bien dire carrément c’est obscène et qu’est-ce que c’est cette obscénité ? Si on réfléchit ce n’est pas autre chose que la mise en évidence du fait que l’homme complet c’est aussi un homme qui doit assumer son corps et qu’on doit aussi le montrer à ce niveau-là.

Et puis l’autre chose, c’est l’antisémitisme, je crois. Il dit : bien évidemment on a fait de Bloom un juif mais c’est pas par antisémitisme que Joyce l’a conçu de cette manière.

Si on lit donc attentivement le texte de Larbaud, on est frappé par la précision avec laquelle il fait avancer son lecteur en levant progressivement toutes les suggestions qu’il pourrait faire, la première objection étant : « Le bouquin me tombe des mains ».

 

Michel Brissaud.   :

Quand on songe (en repensant aux couleurs) à sa rigidité et à la discipline à laquelle l’auteur s’est soumis, on se demande comment a pu sortir de ce formidable travail d’agencement, une œuvre aussi vivante, aussi émouvante, aussi humaine.

 

G. Colonna d’Istria. :

Oui d’ailleurs il y a un terme que Joyce aime, que Larbaud reprend : il dit, finalement le narrateur d’Ulysse a alterné son mouvement avec le monologue intérieur, très souvent, « c’est un arrangeur » c'est-à-dire quelqu’un qui réussit à emboîter toutes les séquences les unes dans les autres, de telle manière qu’elles aient une espèce d’unité musicale. Et alors, cela depuis le moindre petit passage jusqu’à l’amplitude de l’œuvre toute entière.

 

Annie Tardits

-          A propos de la question sur la NRF, il est important de rappeler que la 1ère édition d’Ulysse et au moins les deux suivantes n’ont pas été faites à la NRF.

-          Je parlais de l’Article de Larbaud  et je suis même étonné qu’ils l’aient publié alors que Rivière n’était pas enthousiaste.

 

G. Colonna d’Istria. :

Non mais là, il y a eu un problème stratégique : Larbaud s’est mis d’accord au fond avec Sylvia Beach et avec Joyce, il y avait une grande difficulté pour les lecteurs français, c’est que le texte d’Ulysse était publié en anglais par les soins de Sylvia Beach mais il n’y avait aucune traduction française et le coup de génie de Larbaud c’est d’avoir compris qu’il fallait tout de suite faire les traductions et présenter l’œuvre.

Ils se sont mis à traduire des morceaux : Léon Paul Fargue, Benoist-Méchin également et ça a donné cette 1ère conférence de 1921 où on a présenté l’œuvre d’Ulysse parce qu’il y avait cette chose extraordinaire, Joyce avait connu dans un tout petit cénacle d’initiés, et là, il passait vraiment pour un génie créateur. Mais le grand public l’ignorait complètement et d’une certaine manière continue peut-être à l’ignorer…

Donc il fallait lever cette lourde hypothèque Et  il y a quelqu’un qui a beaucoup participé, qu’il l’a beaucoup aidé, outre Sylvia Beach et Valery Larbaud, il y a Adrienne Monnier qui a concocté « l’accessible » pour que l’œuvre soit connue.

 

Dans le public : rappel du jugement de 1933 à New York qui a autorisé la publication.

 

Michel Brissaud. :

Oui, cela a été la nouvelle décision qui a été prise et qui repermettait la  publication.

En 1921, C’est la société pour la suppression du vice qui porte plainte par rapport aux publications,  dans la « Little Review » (elles ont eu lieu de mars 1918 à Décembre 1920). Donc il n’y a pas de possibilité de publication aux Etats-Unis et malgré le jugement de 1933 rendu par le juge Woolsey, ce n’est qu’en 1934 qu’est sortie la première édition par Random House à New York. Le 2 février 1922 Sylvia Beach (Shakespeare & Co), publie Ulysses, Adrienne Monnier publie l’édition française chez Darantière de Dijon en 1929. Durant cette période, de nombreux exemplaires ont été saisis par les douanes britanniques sauf quelques uns.

 

G. Colonna d’Istria. :

Une édition anglaise circulait sous le manteau. En 21, Ellmann raconte dans sa biographie de Joyce : il y a une société des amis qui luttaient contre le vice, qui porte plainte contre les revues puisqu’à ce moment-là Ulysse n’est pas publié dans son intégralité, des épisodes seulement, et c’est au 3ème ou 4ème qu’il est attaqué, alors la plainte passe devant le tribunal et dans un premier temps, celui qui est l’avocat pense qu’il va gagner, enlever le morceau  parce que le procureur dit qu’il y a un morceau qui lui paraît pornographique et il est pris comme d’apoplexie. A ce moment l’ Avocat de Joyce dit mais vous voyez bien que ce n’est pas comme ça qu’on demande de le lire, ça fait rigoler toute la salle et ils se disent on va avoir finalement une autorisation et c’est le contraire qui a lieu, ils sont condamnés.

 Alors, à partir du moment ou la condamnation est prononcée par les Etats-Unis, il n’y a plus aucun droit d’auteur donné à Joyce et le bouquin circule sous le manteau. Alors, il y a toute une série d’anecdotes , il y a des types qui l’enveloppent dans des journaux et qui envoient ça en paquets pour que ça puisse circuler mais il y a des saisies qui ont lieu. En Grande Bretagne, Harriet Weaver, qui est celle qui s’occupe au plus près de l’œuvre de Joyce, a toutes les difficultés du monde pour arriver à envisager une édition qui sera publiée plus tard. C’est vraiment Sylvia Beach qui a publié la première le texte. Je crois qu’on doit quand même à Larbaud d’avoir été un participant actif à la publication.

 

Il y avait une autre chose que je voulais dire parce que je crois qu’elle est importante pour comprendre la difficulté de la lecture de Joyce, c’est le rapport au langage.

Alors on va dire cela d’une manière banale et un peu sommaire mais on peut essayer au moins d’approcher un peu la difficulté.

Dans un roman traditionnel, c’est un coin de nature vu par un tempérament comme dirait zola. L’écrivain écrit avec un moyen qu’il a à sa disposition, un instrument qui est le langage. Mais l’instrument est à sa disposition et ne l’interroge pas.  Alors, c’est comme dans la théorie de la Relativité, on peut faire cette comparaison, elle a été faite plusieurs fois par des critiques. Dans la physique classique, l’observateur est extérieur à l’observation ou plutôt s’il n’est pas extérieur, c’est parce qu’il a des sens qui peuvent rendre l’observation difficile. En gros, la physique classique pose un observateur qui est à distance de l’observation. Dans la théorie de la Relativité, l’observateur est inscrit dans le cône de l’observation, il est pris dedans, il devient un paramètre  des lois de la relativité qu’on met en évidence. Chez Joyce, cela fonctionne exactement comme cela.

 Pourquoi est-ce qu’il révolutionne le langage littéraire de l’époque ? Parce que, lui aussi, fait rentrer l’observateur dans le cône de l’observation. Ce qui veut dire en clair que le langage devient lui-même son propre objet et que celui qui écrit  est pris aussi dans le jeu donc qu’il subit d’une certaine façon  les contraintes que lui impose son travail d’écriture et il en va exactement de même du lecteur.

  Alors cela veut dire, par exemple, que dans un chapitre comme les Sirènes où il y a la musique qui devient dominante, il y aura une véritable musicalisation du langage qui va s’opérer. Dans la scène où il a faim (chapitre des Lestrygons) ce sont les cannibales de l’Odyssées d’Homère, là,  la faim nourrit et puis il monte toute une série d’images qui sont liées à cet appétit immédiat. Alors ça peut être la faim, un appétit qui nourrit, immédiatement une grande rêverie poétique, tout en même temps aussi, un appétit sexuel.

 

Donc  à chaque fois la découverte de Joyce, c’est l’appropriation d’un style, d’un langage, qui vient en quelque sorte s’ajuster au problème ou à la difficulté qu’il rencontre.

Et donc, aussi pour le lecteur, c’est quelque chose qui implique, de la part du lecteur, une tâche analogue. D’où l’usage du monologue intérieur mais aussi l’alternance. Moi je ne suis pas partisan de dire qu’il n’y a qu’un monologue intérieur parce qu’il y a constamment le monologue intérieur qui fait venir les signifiants  immédiats de ce qui pourrait être l’intimité de quelqu’un et en même temps, il y a aussi un narrateur qui dessine le parcours qui reprends les choses en main, c’est l’interactivité de l’un et de l’autre  qui fait la richesse poétique du texte. On n’a pas le temps mais on pourrait citer un très grand nombre d’exemples dans Ulysse qui manifestent ça. Bloom produit un monologue intérieur mais il le produit à partir de quelque chose que le narrateur vient, en quelque sorte de mettre en place.

 

 

Remerciements à Michel Brissaud et à Gérard Colonna d’Istria pour ces éclairages,  pour la qualité de leurs conférences et le sérieux de la préparation qu’ils ont accepté de faire.

 

 

 

Par James Joyce in Saint-Gérand
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Vendredi 23 mars 2007
Ulysse. Monument partout célébré, souvent cité, plus rarement lu. Le seul moyen d’échapper à ces commémorations paradoxales, c’était de retourner le lire, modestement, de revenir à sa lettre et d’entendre ce qu’il dit. Le lire, d’abord, le faire lire en public, et en débattre ensuite avec ceux qui voulaient bien tenter l’expérience directe de cette lecture.
Mais le hasard revêt aussi parfois les traits de la bonne fortune…Quelques jours auparavant une nouvelle traduction d’ Ulysse est parue chez Gallimard, saluée par toute la critique – et un des co-auteurs de la nouvelle édition a spontanément et généreusement accepté de venir la présenter à St Gérand le Puy.
 
C’est ainsi que Pascal BATAILLARD, professeur à l’université de Lyon, et co-auteur de la nouvelle édition, a offert à un large public d’amateurs de Joyce une conférence passionnante sur les problèmes posés par la traduction de l’ouvrage.
 
C’est le destin des traductions : contrairement au texte original, elles vieillissent…. Malgré les qualités incontestables de celle de MOREL, qui date de 1929, elle reste solidaire d’un esprit du temps et reflète des manières de parler tombées en désuétude, dont Pascal Bataillard n’a pas eu de peine à montrer, en s’appuyant sur des exemples précis, qu’elles finissent par masquer au lecteur d’aujourd’hui ce que le texte original comporte de percutant, de drôle ou d’impertinent. L’usure du temps rendait nécessaire une tentative nouvelle.
 
De là l’idée d’une nouvelle traduction, collective cette fois, dirigée par Jacques AUBERT, et confiée à une équipe de huit traducteurs, composée d’universitaires spécialistes de l’œuvre, mais aussi d’écrivains, chacun assumant la responsabilité de la traduction de certains des 18 épisodes d’Ulysse.
En présentant ce projet et les étapes de sa réalisation, Pascal BATAILLARD a exposé et justifié les choix fondamentaux qui ont présidé à l’entreprise. En particulier la volonté délibérée de partir et de rester au plus près de la lettre du texte, des sensations ou émotions qu’elle suscite dans le corps même des phrases, par le jeu des registres de langue utilisée, de la syntaxe, des mots valises, des allitérations, du phrasé musical des voix, des timbres et des rythmes…C’est le moyen privilégié pour offrir ce que Joyce attendait de ses lecteurs : des parcours intérieurs et des cheminements ouverts à un plaisir et à une jouissance du texte. Leur permettre de participer activement à cette expérience, en tirant le meilleur parti de ce que la langue française peut offrir, sans privilégier la haute culture au détriment de la langue de tous les jours
 
En illustrant son propos par des passages empruntés à la nouvelle traduction, Pascal BATAILLARD a apporté la preuve concrète du bonheur que procure cette version, qui bouscule la légende tenace qui veut que le livre soit illisible et tombe des mains. Non, la lecture d’Ulysse n’est pas nécessairement aride, elle peut être jubilatoire. Remercions-le d’en avoir fait, sur le texte même, une éclatante démonstration.
Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre
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Jeudi 22 mars 2007
Conférences d’Annie TARDITS et de Pascal BATAILLARD – discussion animée par J. AUBERT (juin 2005)
 
Il faut saluer aussi, évidemment, la qualité des interventions des deux conférenciers, et la prestation du président de séance, le professeur Jacques AUBERT spécialiste incontesté de JOYCE, traducteur et maître d’œuvre des deux volumes de JOYCE parus dans la Pléiade, et directeur de l’entreprise collective de la nouvelle traduction d’Ulysse, parue en 2004 chezGallimard.
Jacques AUBERT n’est pas un inconnu à Saint-Gérand-le-Puy. Il a fait partie dès le début, dans les années 70-80, de ceux qui ont donné une impulsion initiale décisive à cette reconnaissance de JOYCE, et il a mis, chaque fois que c’était nécessaire, sa compétence, sa finesse d’esprit et sa diplomatie au service de l’entreprise, en se montrant, c’est un alliage rare, un critique avisé et un homme efficace, mais toujours discret et aimable.
 
Au début de l’épisode de Protée dans Ulysse, Stephen DEDALUS, sur la plage de Sandymount, décide d’explorer la manière d’être des choses et du monde, dont l’identité lui paraît mouvante et incertaine. Cette quête, qui est au coeur de toute véritable création artistique, conduit Stephen à opérer une véritable expérimentation métaphysique : celle d’un monde où, comme l’a confié JOYCE, « tout change : mer, ciel, hommes, animaux ; les mots changent aussi ». Une nouvelle odyssée commence, une traversée des apparences où l’écriture doit interpréter et exprimer à nouveaux frais « la signature des choses ». Cette mise à l’épreuve est radicale : elle remonte aux catégories premières de la perception, et, à la suite d’ARISTOTE, aux formes élémentaires du visible et de l’audible. Et cet effort conduit Stephen, entre autres choses, à accorder, à côté de « l’inéluctable modalité du visible », une place tout à fait essentielle à ce qu’il propose de nommer « l’inéluctable modalité de l’audible ».
 
C’est cette « inéluctable modalité de l’audible » qu’Annie TARDITS et Pascal BATAILLARD se sont efforcés de sonder dans leurs conférences.
 
Annie TARDITS
 
Annie TARDITS a examiné cet univers sonore de JOYCE, un univers que JOYCE explore avec un tel soin qu’on a pu y voir une préfiguration de ces « traités des objets musicaux » chers aux musicologues contemporains. Mais surtout elle a établi une distinction qui constitue une hypothèse de travail tout à fait stimulante pour les lecteurs de JOYCE : la distinction entre un « savoir de la voix » et un « savoir faire avec la voix ».
Savoir de la voix, manifeste ou latent, mais qui affleure toujours dans les textes, et montre combien JOYCE est attentif à toutes les facettes de la voix. La voix de l’autre, ce savoir inconscient, qui dès la naissance, avant toute signification, plonge l’enfant dans cet univers d’émotions et d’affects qui règle et forme le sujet en sujet parlant. La voix qui donne à chacun une capacité expressive qui lui assigne, par delà la fonction référentielle de la langue, une qualité propre et une singularité radicale. La voix et son rapport privilégié au jeu de la demande et du désir sexuel, dans toutes ses tonalités, conscientes et inconscientes, qui nous lie à l’autre et passe autant par ce qu’elle nomme si justement « les défilés du langage » que par la vue.
Mais le savoir de JOYCE n’est pas seulement un «savoir de la voix », c’est, plus encore, un « savoir faire avec la voix », qui révolutionne toute une tradition littéraire et poétique. JOYCE opère dans l’écriture une séparation de la lettre et de la voix, où il ne s’agit plus seulement de décrire le flux et la mélodie intérieure de la pensée, mais, comme le dit Annie TARDITS, de « décrire le flux vocal lui-même, dans son jeu d’échos et de traits différentiels, de faire entendre ce que nous ignorons à la fois curieusement et nécessairement quand nous parlons, c'est-à-dire quand nous employons les mots avec désinvolture. Ce que nous oublions, c’est précisément la valeur des mots », au-delà de leur signification, que JOYCE nous invite à faire surgir, comme autant d’ « épiphanies ».
 
Annie TARDITS a examiné cet univers sonore de JOYCE, elle a établi une distinction qui constitue une hypothèse de travail tout à fait stimulante pour les lecteurs de JOYCE : la distinction entre un « savoir de la voix » et un « savoir faire avec la voix ». Ce savoir-faire avec la voix révolutionne toute une tradition littéraire et poétique. Il fait entendre ce que nous oublions tous si facilement quand nous parlons, la valeur des mots, que par-delà leur signification, Joyce nous invite à faire surgir comme autant « d’épiphanies »
 
Pascal BATAILLARD
 
Pascal Bataillard a montré, dans le même sens, combien il faut prêter attention à tout ce qui pourrait apparaître, au premier abord, comme une incidente musicale sans importance dans les textes de JOYCE : ces bouts de chansons, ces comptines, ces citations, ces refrains, parfois à peine esquissés ou simplement suggérés… Ici, en réalité, une véritable révolution s’accomplit dans la langue littéraire et poétique.
 
Reste à dire quelques mots du programme de l’année 2006, qui s’efforcera de rivaliser avec les journées de 2005, en particulier pour ce qui concerne les conférences, et qui compte par ailleurs enrichir encore le fonds de la bibliothèque Anna Livia Plurabelle.
 
 
Sur les pas de JOYCE
 
Un parcours fléché permet aujourd’hui de flâner dans le village « sur les pas de JOYCE ». De l’Hôtel de la Paix au Lavoir, de la boutique du barbier à l’Eglise, de la maison Ponthenier au square, le chemin est ponctué de plaques où la parole est laissée à de brefs passages empruntés au Portrait de l’artiste, à Ulysse et à Finnegans Wake. L’amateur y trouvera de quoi alimenter sa rêverie ou sa mémoire... JOYCE a pu goûter ces promenades qu’il effectuait quotidiennement, bien qu’il fût à demi aveugle. Il a pu aussi, dans des moments de découragement, pester contre un séjour qu’il souhaitait écourter pour retrouver Zurich, et il a ironisé parfois sur sa vie à « Saint-Tampion-le-Machin ».
       Mais tant qu’on s’en tient à ces témoignages ou à ces propos de table, on manque sans doute l’essentiel. Mieux vaudrait rappeler ce fait qui, lui, n’est pas anecdotique : cet homme à demi aveugle et qui se savait gravement atteint par la maladie, a passé des après-midi entières à corriger méticuleusement les épreuves de Finnegans Wake, en compagnie de Paul LEON, qui l’avait rejoint à Saint-Gérand-le-Puy. Si bien qu’au mois d’août 40, au moment de son départ pour les Etats-Unis, Marie JOLAS a pu emporter un précieux exemplaire corrigé qui a servi à l’édition d’après guerre. Jusqu’au bout, l’attention prêtée aux voix et aux mots est demeuréeune exigence primordiale.
Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre
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