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  • : James JOYCE à Saint-Gérand-le-Puy
  • James JOYCE à Saint-Gérand-le-Puy
  • : Informations, échanges sur la vie et l'oeuvre de Joyce. Thèmes de rencontres, conférences, tables rondes. Evènementiel : "Le jour d'Ulysse" Musée et bibliothèque Anna Livia Plurabelle. Balade "Sur les pas de Joyce à Saint-Gérand-le-Puy".
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12 janvier 2008 6 12 /01 /janvier /2008 16:00

           Le programme de cette journée a conduit les visiteurs, toujours plus nombreux, à suivre « les pas de Joyce » dans Saint-Gérand. Tantôt séduits par les paysages, les lectures de passages truculents ou poétiques qui vous plongent au milieu de l’œuvre, ils ont aussi apprécié le répertoire spontané chanté par le personnage irlandais, haut en couleurs, Liam Healy. Mais le Jour d’Ulysse ne saurait se réduire à une simple promenade commémorative. Privé de sa conférence, il perdrait sa finalité première, qui est d’inviter à lire et à échanger sur l’œuvre les points de vue des lecteurs et des amateurs, au sens fort du terme, de Joyce. La  fidélité de ce petit groupe d’auditeurs, d’origines diverses, qui se retrouve chaque année à Saint Gérand, montre, à l’encontre des détracteurs ou des sceptiques, qu’une grande œuvre, même réputée difficile, peut conquérir un public et satisfaire sa curiosité.

  
             Les organisateurs avaient choisi cette année, où un Colloque national était organisé à Vichy pour célébrer le centenaire de la naissance de Valéry Larbaud, de prolonger en quelque sorte cette commémoration par une réflexion sur les rapports de Joyce et de Larbaud. C’est à Michel Brissaud* qu’ils avaient confié le soin d’éclairer une relation complexe, qui joua un rôle décisif dans la publication et la diffusion d’Ulysse auprès du public français.


              Dans un exposé dense et clair, Michel Brissaud s’appliqua d’abord à rappeler les conditions historiques de la rencontre de Larbaud et de Joyce, à l’instigation de Sylvia Beach, la nuit de noël 1920. Sylvia Beach savait combien parmi les écrivains et critiques littéraires français, Larbaud se distinguait par une généreuse attention aux œuvres des autres, et par une compétence incontestée dans le domaine de la littérature étrangère, surtout l’anglaise. Le choix n’était pas fortuit, et, de fait, Joyce et Larbaud sympathisèrent aussitôt. Larbaud s’enferma avec une partie du manuscrit d’Ulysse, et manifesta au bout de quelques jours de lecture son admiration en déclarant qu’il était « fou d’Ulysse » -. Il proposa même d’en traduire quelques pages dans la Nouvelle Revue Française, et mit tout en œuvre pour faire connaître Joyce en France – Qu’il suffise ici de rappeler la légendaire présentation d’Ulysse du 7 décembre 1923, qui consacra Joyce. On peut dire, souligna  Michel Brissaud, qu’avec Sylvia Beach et Adrienne Monnier, Larbaud constitua le trio qui fut à l’origine de sa réception et de sa réputation en France.
                           
                 Mais là ne s’arrêtent pas le talent et le rôle de Larbaud. C’est du côté des préfaces et des articles que Larbaud a consacrés à Joyce, en particulier la préface à la première édition de Gens de Dublin, -  première grande présentation critique  de l’œuvre en français – qu’on mesure son impact. Jacques Aubert, qui a tenu à conserver cette préface pour la publication de sa traduction de Dublinois dans l’édition Folio,montre qu’après tant de commentaires et d’études sur Joyce publiés depuis, elle pourrait paraître naïve ou simpliste. Mais c’est là une apparence trompeuse : en présentant l’homme, Larbaud s’est montré « un grand découvreur ». Il a ouvert des perspectives sur l’œuvre, et il l’a fait « simplement mais avec une divination admirable ». 
Michel Brissaud, en démontant patiemment tous les arguments avancés par Larbaud, en reconstituant le mouvement et le parcours de cette œuvre ouverte où le lecteur est jeté dans le mouvement et invité à prendre sa part dans la création artistique, en apporta une preuve éclatante. 


                    Il insista également sur le choix et le traitement de l’Odyssée par Joyce, auquel Larbaud attachait tant d’importance, et sur le rôle, essentiel mais non pas exclusif, du fameux « monologue intérieur ». Enfin il s’appliqua à montrer combien Larbaud avait été perspicace en faisant avancer progressivement son « lecteur lettré » dans un mouvement où toute une série de styles, d’analogies, de concordances et de correspondances concourent à « faire voir » au lecteur ce que littéralement il n’avait pas vu. Tout comme, la nuit – l’image est de Larbaud – quand on regarde assez longtemps le ciel, les étoiles paraissent augmenter. Il faut remercier Michel Brissaud de nous avoir éclairé ce chemin étoilé que le premier grand lecteur français de Joyce a si bien balisé.
                   

                     Après le désormais traditionnel repas irlandais à l’Hôtel de la Paix, la soirée s’est terminée par le très éclectique concert de musique celtique donné par les Wild Geese. Le Jour d’Ulysse 2008 se prépare depuis deux ans. Ce devrait être, déjà sur le plan littéraire et dans le domaine de l’accueil d'universitaires étrangers un cru exceptionnel. Il comportera aussi des animations de haute qualité, accessibles à tous les publics.
Gérard Colonna d’Istria 
*Michel Brissaud : enseignant de Français professionnel -langue étrangère- en Ecole Européenne. Maîtrise : Valery Larbaud et Nathaniel Hawthorne ; DEA de littérature comparée sur un des aspects d l’œuvre de Larbaud (Années1909-1910-1911) Communications sur Larbaud à divers colloques.
 

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Published by James Joyce in Saint-Gérand - dans Jour d'Ulysse 2007
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