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Jeudi 3 mai 2007

Louis GILLET : Stèle pour James JOYCE  - Editions Sagittaire 1946

(extraits)

 "Cher Joyce !... Il m'écrivait encore il y a quelques jours. De Suisse où il avait cherché refuge, au milieu de la grande bagarre, il me faisait un salut de la main, me souhaitait gentiment "la meilleure des Noëls possibles ". Cela voulait dire : "Je suis tranquille. Me voici au port". Le port ! Il y était sans doute, mais c'était pour s'y embarquer pour un bien autre voyage.

La dernière fois que je l'avais vu, c'était dans un village du centre, mi-berrichon, mi-bourbonnais, appelé Saint-Gérand-le-Puy. Comment il avait échoué là, ce serait toute une histoire. Jamais le charmant auteur d'Ondine  ni celui du Grand Meaulnes  n'ont rêvé rien de plus étrange que la présence de cette créature aérienne au milieu d'un village de France : c'était Trilby, c'était Puck captif dans une étable, parmi des vachers et des porcherons. Ces bonnes gens, pleins de délicatesse, ne se doutaient guère de la qualité de l'hôte extraordinaire qu'ils avaient parmi eux : un prince de l'esprit, un artiste d'une gloire mondiale, un homme dont les livres étaient célèbres de Moscou à New York et de Berlin à Tokio, et qui, le jour de ses cinquante ans, parmi les monceaux de télégrammes, en recevait un de Prague, adressé au premier des poètes vivants".

Je le trouvai agité ce jour-là d'une angoisse mortelle. Il brûlait de s'envoler ailleurs, il ne pouvait tenir en place. Pendant le repas il ne put s'asseoir, ne fit que tourner autour de la table et ne s'arrêta qu'à la longue, épuisé de tourment, pour prendre une gorgée de vin . Il rêvait de partir en Suisse, où il avait, pendant l'autre guerre passé quelques années heureuses. Il croyait y retrouver sa jeunesse, s'irritait des lenteurs des formalités. Il était irlandais, mais sujet britanique. La Suisse exigeait pour le recevoir une caution de cent mille francs(cent mille francs-or, il va sans dire). Il se débattait comme un sylphe, une abeille furieuse engluée par le crèpe de ses ailes. On eût dit qu'il avait reçu un ordre, une sommation de sa destinée qui lui commandait de partir ; il lui tardait de voler au rendez-vous de ses belles années, dans le pays où jadis s'était épanoui son génie. Une fois là, se disait-il, c'était le repos, la délivrance. Ce qu'il prenait pour un appel du bonheur, c'était le coup d'aile de l'au-delà, le frisson, l'inquiétude de la mort. Elle lui faisait là-bas un signe énigmatique, l'invitait au dernier voyage, le seul que l'on puisse faire aujourd'hui sans passseport. 

Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre - Publié dans : James Joyce, sa vie à Saint-Gérand-le-Puy
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Samedi 7 avril 2007
  L'offfice de tourisme Val d'Allier Forterre par la subvention versée dans le cadre de la convention d'objectifs  signée avec la Communauté de Communes Varennes-Forterre.

  Le Conseil Général de l'Allier

  La commune de Saint-Gérand-le-Puy

  Holding de participation Constructeur BOYER. SA

  LEADER+Val de Sioule Val d'Allier
Par James Joyce in Saint-Gérand - Publié dans : Partenaires financiers
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Dimanche 1 avril 2007
Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre - Publié dans : Balade "Sur les pas de Joyce"
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Dimanche 1 avril 2007
Ecartons d’abord un argument paresseux, mais qui a la vie dure. Une légende tenace veut que ce livre soit illisible, et qu’il tombe des mains du lecteur le mieux intentionné. Dès lors à quoi bon s’obstiner ?
 L’argument est commode, mais il a ses limites. Si un grand livre est un livre qui révolutionne la littérature, qui propose une nouvelle écriture et une nouvelle manière de voir le monde – et c’est le cas d’Ulysse – il est inévitable qu’en un premier temps il nous déconcerte et qu’il bouleverse nos critères, nos règles, notre manière de lire et de voir, bref qu’il fasse de nous un autre lecteur. A nouvelle écriture, nouvelle et autre lecture.
 
Pourtant JL Borgès n’a pas tort de conseiller au lecteur, et à ses étudiants : « Si un livre vous ennuie, abandonnez-le ; ne le lisez pas (…) c’est qu’il n’a pas été écrit pour vous ». [1] Et il va même jusqu’à considérer que ce pourrait être pour ce lecteur le Paradis perdu ou Don Quichotte, œuvres qui, pour lui, n’ont rien d’ennuyeux…
Il n’y a là nulle invitation à une démission. Rien n’empêche, bien au contraire, qu’un jour vous deveniez ce lecteur ouvert à l’œuvre et qui progresse dans sa lecture ! Borgès souligne simplement ici que « la lecture doit être une des forme du bonheur ». Mais le bonheur de la lecture ne saurait être obligatoire. L’argument d’autorité, la réputation, l’ancienneté ou la modernité ne peuvent constituer des critères suffisants. Le bonheur est comme le plaisir, « ce n’est pas une obligation, c’est une quête ».
D’où ce conseil : « lire beaucoup, ne pas se laisser effrayer par la réputation des auteurs, rechercher un bonheur personnel, un plaisir personnel. Il n’y a pas d’autre façon de lire ». [2] C’est une évidence, mais qui n’est pas si simple à saisir, ni surtout à pratiquer, tant les préjugés sont forts.
 
 
Il se trouve que ce même Borgès, qui n’a rien d’un béotien, est celui qui a le premier parlé d’Ulysse en espagnol, « le premier aventurier à voir abordé le livre de Joyce », selon ses propres termes. C’était en 1925. Et la manière même dont il décrit sa démarche et son entreprise de lecteur sont ici exemplaires : elle montre à chacun d’entre nous  le chemin à suivre pour surmonter l’argument paresseux et la facilité des renoncements.
 
Avant tout, relatant l’expérience de sa lecture, B note l’admiration et l’étonnement qui le saisissent et lui donnent d’emblée la certitude d’être en face d’une œuvre comparable à une « terre nouvelle », et qui le poussent à se donner « licence » d’en parler.
Mais vouloir en parler, c’est se heurter à une difficulté immédiate qui tient à la nouveauté de l’œuvre. Situation comparable à celle des « voyageurs antiques » découvrant un nouveau monde : intensité de la certitude d’aborder un autre continent, mais intensité d’une admiration qui dans un premier temps navigue dans le vague. Si l’oeuvre est nouvelle, elle ne se laisse pas appréhender simplement : le lecteur est comme le « voyageur antique » abordant la terre nouvelle, il n’a pour critères que ses critères classiques de lecture, et c’est avec eux qu’il peut tenter de mesurer l’écart. Mesurons bien cette capacité de mesure ! C’est la nécessité d’avoir déjà élaboré des règles, des schèmes, une pratique de la lecture, qui fait le lecteur, qui lui permet d’explorer une œuvre, et surtout de mesurer l’écart d’une grande œuvre avec ce qui avait été écrit jusque là. Mais cette mesure, précisément, sera toujours au départ inadéquate en quelque façon. Il est inévitable, comme l’a vu Borgès, que l’intensité de l’admiration soit une « vague intensité », et l’étonnement un « étonnement errant ».
Il n’ y a qu’une issue : partir à l’aventure dans le monde de Joyce, ce « pays enchevêtré et sauvage ». Et bien que, à ses yeux, Larbaud ait déjà parcouru ce pays et qu’il en ait « tracé la contexture avec une impeccable précision cartographique », Borgès ici s’affirme comme le « premier aventurier hispanique » à aborder Ulysse, et reprend à nouveau frais l’entreprise de sa lecture et de sa description : «  Je récidiverai sa description en dépit de mon manque de préparation et de la brièveté de mon séjour sur ses confins ».
 
Sur un mode en apparence badin, parlant de son exploration, Borgès se livre à un aveu peu courant : il confesse qu’il n’a pratiqué Ulysse  que « par bribes » : « J’avoue ne pas avoir débroussaillé les sept cents pages qui le composent, j’avoue l’avoir seulement pratiqué par bribes ». Les vrais lecteurs se reconnaîtront là : le beau mot de pratiquer dit tout, l’exercice remis sans cesse sur le chantier et le caractère indéfiniment ouvert de ce work in progress.
Mieux encore. Cette pratique par bribes pourrait passer pour une insuffisance radicale. De fait, c’est le contraire qui est vrai. Comparons l’œuvre à une cité (la comparaison a été souvent reprise depuis par les critiques). La découverte d’Ulysse s’apparente à la connaissance que nous prenons de Dublin : nous pouvons affirmer connaître la ville sans connaître toutes ses rues ou tous ses quartiers. Dès lors l’argument paresseux fait long feu, comme du reste la prétention à un savoir exhaustif. Une « certitude aventurière et légitime » les remplace :
                 «  Je sais cependant ce qu’il (Ulysse) est, avec cette certitude aventurière et
                 légitime qui nous habite lorsque nous affirmons notre connaissance de
                 la cité, sans nous octroyer pour autant l’intimité de toutes ses rues ou de
                 tous ses quartiers » [3].
 
 
Gérard Colonna d’Istria


[1] Cf. Cours de littérature anglaise. (Seuil, 2006)
[2] id. Epilogue, p 366.
[3] Id., P, 871.
Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre - Publié dans : Contributions d'auteurs
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Dimanche 1 avril 2007
Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre - Publié dans : Liens
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Vendredi 23 mars 2007

 

Maire de Saint-Gérand le Puy

Pilote les évènementiels depuis 1994.

Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre - Publié dans : Collectif d'animation
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Vendredi 23 mars 2007
Ulysse. Monument partout célébré, souvent cité, plus rarement lu. Le seul moyen d’échapper à ces commémorations paradoxales, c’était de retourner le lire, modestement, de revenir à sa lettre et d’entendre ce qu’il dit. Le lire, d’abord, le faire lire en public, et en débattre ensuite avec ceux qui voulaient bien tenter l’expérience directe de cette lecture.
Mais le hasard revêt aussi parfois les traits de la bonne fortune…Quelques jours auparavant une nouvelle traduction d’ Ulysse est parue chez Gallimard, saluée par toute la critique – et un des co-auteurs de la nouvelle édition a spontanément et généreusement accepté de venir la présenter à St Gérand le Puy.
 
C’est ainsi que Pascal BATAILLARD, professeur à l’université de Lyon, et co-auteur de la nouvelle édition, a offert à un large public d’amateurs de Joyce une conférence passionnante sur les problèmes posés par la traduction de l’ouvrage.
 
C’est le destin des traductions : contrairement au texte original, elles vieillissent…. Malgré les qualités incontestables de celle de MOREL, qui date de 1929, elle reste solidaire d’un esprit du temps et reflète des manières de parler tombées en désuétude, dont Pascal Bataillard n’a pas eu de peine à montrer, en s’appuyant sur des exemples précis, qu’elles finissent par masquer au lecteur d’aujourd’hui ce que le texte original comporte de percutant, de drôle ou d’impertinent. L’usure du temps rendait nécessaire une tentative nouvelle.
 
De là l’idée d’une nouvelle traduction, collective cette fois, dirigée par Jacques AUBERT, et confiée à une équipe de huit traducteurs, composée d’universitaires spécialistes de l’œuvre, mais aussi d’écrivains, chacun assumant la responsabilité de la traduction de certains des 18 épisodes d’Ulysse.
En présentant ce projet et les étapes de sa réalisation, Pascal BATAILLARD a exposé et justifié les choix fondamentaux qui ont présidé à l’entreprise. En particulier la volonté délibérée de partir et de rester au plus près de la lettre du texte, des sensations ou émotions qu’elle suscite dans le corps même des phrases, par le jeu des registres de langue utilisée, de la syntaxe, des mots valises, des allitérations, du phrasé musical des voix, des timbres et des rythmes…C’est le moyen privilégié pour offrir ce que Joyce attendait de ses lecteurs : des parcours intérieurs et des cheminements ouverts à un plaisir et à une jouissance du texte. Leur permettre de participer activement à cette expérience, en tirant le meilleur parti de ce que la langue française peut offrir, sans privilégier la haute culture au détriment de la langue de tous les jours
 
En illustrant son propos par des passages empruntés à la nouvelle traduction, Pascal BATAILLARD a apporté la preuve concrète du bonheur que procure cette version, qui bouscule la légende tenace qui veut que le livre soit illisible et tombe des mains. Non, la lecture d’Ulysse n’est pas nécessairement aride, elle peut être jubilatoire. Remercions-le d’en avoir fait, sur le texte même, une éclatante démonstration.
Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre - Publié dans : Conférences : thèmes traités depuis 2004
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Vendredi 23 mars 2007
Propriétaire de chambres d'Hôtes à Montoldre

Traductions en langue Anglaise,.
Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre - Publié dans : Collectif d'animation
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Jeudi 22 mars 2007
"Olivier  CHATANAY - Photos . Graphe - Lyon,
a rencontré l'oeuvre de James JOYCE grâce à Jacques LACAN et Jacques AUBERT. Il expose un travail de création autour d'Ulysse, travail de longue haleine commencé en 2005 : 15 oeuvres sont présentées à Saint-Gérand-le-Puyà l'occasion du  Jour d'Ulysse 2006. Ce parcours se prolongera en 2007... sera-t-il jamais terminé?
Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre - Publié dans : Animations artistiques
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Jeudi 22 mars 2007
Conférences d’Annie TARDITS et de Pascal BATAILLARD – discussion animée par J. AUBERT (juin 2005)
 
Il faut saluer aussi, évidemment, la qualité des interventions des deux conférenciers, et la prestation du président de séance, le professeur Jacques AUBERT spécialiste incontesté de JOYCE, traducteur et maître d’œuvre des deux volumes de JOYCE parus dans la Pléiade, et directeur de l’entreprise collective de la nouvelle traduction d’Ulysse, parue en 2004 chezGallimard.
Jacques AUBERT n’est pas un inconnu à Saint-Gérand-le-Puy. Il a fait partie dès le début, dans les années 70-80, de ceux qui ont donné une impulsion initiale décisive à cette reconnaissance de JOYCE, et il a mis, chaque fois que c’était nécessaire, sa compétence, sa finesse d’esprit et sa diplomatie au service de l’entreprise, en se montrant, c’est un alliage rare, un critique avisé et un homme efficace, mais toujours discret et aimable.
 
Au début de l’épisode de Protée dans Ulysse, Stephen DEDALUS, sur la plage de Sandymount, décide d’explorer la manière d’être des choses et du monde, dont l’identité lui paraît mouvante et incertaine. Cette quête, qui est au coeur de toute véritable création artistique, conduit Stephen à opérer une véritable expérimentation métaphysique : celle d’un monde où, comme l’a confié JOYCE, « tout change : mer, ciel, hommes, animaux ; les mots changent aussi ». Une nouvelle odyssée commence, une traversée des apparences où l’écriture doit interpréter et exprimer à nouveaux frais « la signature des choses ». Cette mise à l’épreuve est radicale : elle remonte aux catégories premières de la perception, et, à la suite d’ARISTOTE, aux formes élémentaires du visible et de l’audible. Et cet effort conduit Stephen, entre autres choses, à accorder, à côté de « l’inéluctable modalité du visible », une place tout à fait essentielle à ce qu’il propose de nommer « l’inéluctable modalité de l’audible ».
 
C’est cette « inéluctable modalité de l’audible » qu’Annie TARDITS et Pascal BATAILLARD se sont efforcés de sonder dans leurs conférences.
 
Annie TARDITS
 
Annie TARDITS a examiné cet univers sonore de JOYCE, un univers que JOYCE explore avec un tel soin qu’on a pu y voir une préfiguration de ces « traités des objets musicaux » chers aux musicologues contemporains. Mais surtout elle a établi une distinction qui constitue une hypothèse de travail tout à fait stimulante pour les lecteurs de JOYCE : la distinction entre un « savoir de la voix » et un « savoir faire avec la voix ».
Savoir de la voix, manifeste ou latent, mais qui affleure toujours dans les textes, et montre combien JOYCE est attentif à toutes les facettes de la voix. La voix de l’autre, ce savoir inconscient, qui dès la naissance, avant toute signification, plonge l’enfant dans cet univers d’émotions et d’affects qui règle et forme le sujet en sujet parlant. La voix qui donne à chacun une capacité expressive qui lui assigne, par delà la fonction référentielle de la langue, une qualité propre et une singularité radicale. La voix et son rapport privilégié au jeu de la demande et du désir sexuel, dans toutes ses tonalités, conscientes et inconscientes, qui nous lie à l’autre et passe autant par ce qu’elle nomme si justement « les défilés du langage » que par la vue.
Mais le savoir de JOYCE n’est pas seulement un «savoir de la voix », c’est, plus encore, un « savoir faire avec la voix », qui révolutionne toute une tradition littéraire et poétique. JOYCE opère dans l’écriture une séparation de la lettre et de la voix, où il ne s’agit plus seulement de décrire le flux et la mélodie intérieure de la pensée, mais, comme le dit Annie TARDITS, de « décrire le flux vocal lui-même, dans son jeu d’échos et de traits différentiels, de faire entendre ce que nous ignorons à la fois curieusement et nécessairement quand nous parlons, c'est-à-dire quand nous employons les mots avec désinvolture. Ce que nous oublions, c’est précisément la valeur des mots », au-delà de leur signification, que JOYCE nous invite à faire surgir, comme autant d’ « épiphanies ».
 
Annie TARDITS a examiné cet univers sonore de JOYCE, elle a établi une distinction qui constitue une hypothèse de travail tout à fait stimulante pour les lecteurs de JOYCE : la distinction entre un « savoir de la voix » et un « savoir faire avec la voix ». Ce savoir-faire avec la voix révolutionne toute une tradition littéraire et poétique. Il fait entendre ce que nous oublions tous si facilement quand nous parlons, la valeur des mots, que par-delà leur signification, Joyce nous invite à faire surgir comme autant « d’épiphanies »
 
Pascal BATAILLARD
 
Pascal Bataillard a montré, dans le même sens, combien il faut prêter attention à tout ce qui pourrait apparaître, au premier abord, comme une incidente musicale sans importance dans les textes de JOYCE : ces bouts de chansons, ces comptines, ces citations, ces refrains, parfois à peine esquissés ou simplement suggérés… Ici, en réalité, une véritable révolution s’accomplit dans la langue littéraire et poétique.
 
Reste à dire quelques mots du programme de l’année 2006, qui s’efforcera de rivaliser avec les journées de 2005, en particulier pour ce qui concerne les conférences, et qui compte par ailleurs enrichir encore le fonds de la bibliothèque Anna Livia Plurabelle.
 
 
Sur les pas de JOYCE
 
Un parcours fléché permet aujourd’hui de flâner dans le village « sur les pas de JOYCE ». De l’Hôtel de la Paix au Lavoir, de la boutique du barbier à l’Eglise, de la maison Ponthenier au square, le chemin est ponctué de plaques où la parole est laissée à de brefs passages empruntés au Portrait de l’artiste, à Ulysse et à Finnegans Wake. L’amateur y trouvera de quoi alimenter sa rêverie ou sa mémoire... JOYCE a pu goûter ces promenades qu’il effectuait quotidiennement, bien qu’il fût à demi aveugle. Il a pu aussi, dans des moments de découragement, pester contre un séjour qu’il souhaitait écourter pour retrouver Zurich, et il a ironisé parfois sur sa vie à « Saint-Tampion-le-Machin ».
       Mais tant qu’on s’en tient à ces témoignages ou à ces propos de table, on manque sans doute l’essentiel. Mieux vaudrait rappeler ce fait qui, lui, n’est pas anecdotique : cet homme à demi aveugle et qui se savait gravement atteint par la maladie, a passé des après-midi entières à corriger méticuleusement les épreuves de Finnegans Wake, en compagnie de Paul LEON, qui l’avait rejoint à Saint-Gérand-le-Puy. Si bien qu’au mois d’août 40, au moment de son départ pour les Etats-Unis, Marie JOLAS a pu emporter un précieux exemplaire corrigé qui a servi à l’édition d’après guerre. Jusqu’au bout, l’attention prêtée aux voix et aux mots est demeuréeune exigence primordiale.
Par office de tourisme Val d'Allier - Forterre - Publié dans : Conférences : thèmes traités depuis 2004
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